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Violences gynécologiques et obstétricales : L’autre heurtoir des initiatives de protection sanitaires ?

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Compte tenu de son impact sur la vie physique et émotionnelle des personnes, le droit à la santé est l’un des axes fondamentaux de développement promus par les autorités à divers niveaux. Cependant, certaines pratiques officieuses influencent négativement les nombreuses dispositions prises pour l’amélioration des offres sanitaires.

 Michèl GUEDENON (Stag)

La garantie du droit à la santé pour tous apparaît comme une priorité pour le gouvernement qui, depuis plusieurs années, n’a de cesse de multiplier les actions pour redynamiser le secteur. Ainsi, en février 2021 a été adoptée la loi N⁰2020-37 portant « protection de la santé des personnes en République du Bénin ». Selon l’article 6 de cette loi, «toute personne a le droit d’être informée sur son état de santé. La personne malade a le droit au respect de sa vie privée et de sa dignité; à l’information et au respect de la confidentialité; à l’expression de sa volonté, notamment par rapport au choix du médecin, à la participation à la décision médicale, au soulagement de la douleur; de se plaindre; à la sécurité des soins». Particulièrement, les conditions des femmes enceintes et des enfants ont suscité de vifs intérêts dans le rang des autorités compétentes des questions relatives à la santé. En effet, il est démontré en 2019 que « chaque année , 1 500 femmes en voulant donner la vie et plus de 12 000 nouveau-nés décèdent avant leur 28e jour ». Pour pallier cette tragédie, plusieurs dispositions ont été prises en vue de protéger les femmes et les enfants, considérés  comme vulnérables.

Le gouvernement fait de son mieux

Le mardi 10 décembre 2024, un lot d’équipements (95 concentrateurs d’oxygène, 75 tables d’accouchement, 126 lits d’hospitalisation, des autoclaves, 4 000 ballons de tamponnement utérin, 15 000 draps gradués, 8 motos-ambulances, 32 motos pour les agents de santé,…) a été remis au ministère de la santé, grâce  à l’action conjointe du Fonds des Nations unies pour la Population (Unfpa) et ses partenaires. A travers le Programme d’appui à la santé maternelle et infantile (Pasmi), les plateaux techniques de plusieurs hôpitaux ont été renforcés. Dans le cadre de la mise en œuvre du Pasmi, « 59 hôpitaux et centres de santé ont été équipés, 2500 agents de santé et techniciens ont été formés sur la prise en charge des accouchements compliqués et de la réanimation néonatale et 48000 poches de sang ont été fournis ». En cours depuis 2023, le projet de construction de maternités dans les villages isolés (le cas des villages d’Ahozonnoudé, Lokpodji, Konkondji..) suit son cours pour faciliter la mise au monde pour les femmes enceintes et le bien-être pour leurs nouveaux-nés. L’inauguration de la nouvelle maternité de l’hôpital de zone de Dassa par le ministère de la santé, le jeudi  28 novembre 2024, vient pour réduire le taux de mortalité maternelle et néonatale dans le département des collines, à travers l’amélioration de la prise en charge des complications obstétricales et néonatales. En outre, les projets de facilitation de l’accès à des soins de qualité dans le Borgou et le partenariat entre l’AFD et l’Agence belge de développement (Enabel) sont des axes clés de la redynamisation du secteur sanitaire. Cependant, force est de constater que des pratiques officieuses handicapent l’atteinte des objectifs de développement durable. Au nombre des difficultés persistantes figurent les violences gynécologiques et obstétricales qui toutes sont préjudiciables à la dignité des femmes.

Les chiffres témoignent de la persistance du mal

En réalité, toute exception faite, les gynécologues et obstétriciens sont plus impliqués dans cette situation qui menace la femme et le nouveau-né, ils sont au cœur de l’accouchement. L’on note avant tout un manque voire une mauvaise communication entre les médecins et les patients. Ainsi, le droit à l’information est  souvent bafoué dans certains centres hospitaliers. « 46,26% des femmes reconnaissaient avoir subi au moins une fois une violence obstétricale. Les violences verbales et corporelles ont été citées respectivement dans 94,80% et 88,84%. L’accouchement était le moment où les femmes ont subi le plus de violence obstétricale (71,10%). Les auteurs des violences étaient en majorité les sages-femmes dans 56,07%. », a rapporté le « Journal scientifique européen » après une étude menée en 2022, à Tanguiéta. Selon le rapport de Amnesty International Bénin, « en 2023, 71 % des usagers et usagères des services de santé interrogés estiment que leur droit à l’information n’est pas respecté ». En visite au Bénin, Shadiya (nom d’emprunt) confie que dans les hôpitaux, plein de femmes sont violentées, verbalement surtout. D’après ses dires, il existe bien des soignants très attentionnés aux côtés des femmes pour les soutenir mais, ajoute-t-elle, les relations entre la gestante et son soignant sont bafouées. «Le Bénin fait trop d’efforts pour garantir une meilleure prise en charge aux populations en général et à la femme en particulier. Mais il faut vraiment que l’on sensibilise le corps médical pour que cessent certains agissements», a-t-elle suggéré. Vulnérable, la femme enceinte a besoin d’ un accompagnement particulier, psychologique surtout. A cet effet, les propos blessants tendant à humilier d’une manière ou d’une autre peuvent avoir de sérieuses répercussions sur le bien-être mental des femmes et des jeunes mères. D’après les explications de Jérémie Orou, anesthésiste et psychothérapeute, une fiche pour la préparation psychologique à la maternité et durant la période d’accouchement permet au personnel chargé du bien-être psychologique des femmes enceintes de bien faire son travail. «En pratique, il est malheureusement constaté que des agents de santé chargés de la prise de ces femmes n’ont non seulement pas les mots justes pour la circonstance mais ont aussi et surtout un décalage de langage vis-à-vis de la gestante ou de la parturiente.», a-t-il révélé pour souligner les relations peu enviables entre le soignant et le patient.

Quelques témoignages recueillis

Flora fait cas de l’expérience de son amie qui, ne supportant pas les contractions, a demandé une césarienne. Cette dernière a perdu son bébé, d’après ses renseignements, parce que les sages-femmes l’ont ignorée jusqu’à ce qu’elle s’évanouît. Les sage-femmes ont été prises en charge par la justice, a-t-elle ajouté, mais cela n’a pas fait revenir, le  bébé décédé. Anne, mère de trois enfants, confie qu’après son troisième accouchement en juin 2023, elle a dû oublier son ambition d’avoir quatre enfants. « …Les contractions étaient tellement rapprochés qu’elles m’ont dit d’entrer dans la salle d’accouchement,  j’entre là-bas avec les deux et  je me couche, et  presqu’ immédiatement, le bébé a commencé à descendre. J’ai dit aux deux femmes en criant que le bébé venait et que j’avais besoin d’aide , Aucune des deux ne s’est approchée.  C’est seulement quand elles ont vu la tête du bébé, qu’elle sont venues mais avec la poussée du bébé et sans aide, j’ai eu une grande déchirure. Après l’accouchement, pour faire sortir le placenta, la sage femme a tiré fort, ce qui m’avait donné même des douleurs au ventre. J’ai cru qu’elles allaient me faire une épisio,  mais rien.», a-t-elle dénoncé, soulignant l’étonnement des médecins tunisiens l’ayant traitée plus tard. Pour sa première grossesse, Carlie, âgée de 19 ans à l’époque, a perdu toute envie de porter une nouvelle grossesse. «Elles m’ont laissé sur le lit pourtant je saignais après mon accouchement. J’ai appelé à l’aide, mais elles m’ont demandé si ce n’était pas doux quand je faisais l’amour. Je me suis retrouvée plus tard dans une ambulance vers le grand centre hospitalier. C’est là-bas qu’ils m’ont cousue », s’ est-elle plainte.

Il est possible d’y remédier

Ces déviances dont font preuve certains soignants à l’égard des gestantes restent un blocage pour les nombreuses dispositions en vigueur pour l’amélioration des conditions d’accouchement et pour la survie des nouveaux-nés. Pour une meilleure prise en charge des femmes enceintes, le gouvernement pourrait, à travers son ministère de la santé, plus sensibiliser le corps médical sur la nécessité de tenir compte du bien-être mental de tous les patients ; renforcer les capacités des professionnels de la santé et beaucoup insister sur la communication non-violente.

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