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Le ministre conseiller en charge des infrastructures et du cadre de vie, Jacques Ayadji a initié, ce mardi, une rencontre cruciale avec les acteurs du transport routier. Cette séance d’échanges s’est tenue à la Direction du Transport Terrestre et de l’Aviation (DTTA) dans le but de discuter des défis et des solutions pour améliorer la sécurité routière et fluidifier le transport au Bénin.
Ange M’poli M’TOAMA
L’objectif principal de cette rencontre était de réfléchir pour sauver des vies sur les routes béninoises. En introduisant la discussion, Jacques Ayadji a souligné l’urgence d’agir pour réduire les accidents de la route, qui représentent l’une des premières causes de mortalité dans le pays. « Les accidents routiers causent plus de décès que les maladies au Bénin. Pour inverser cette tendance, il est impératif de travailler sur la sécurité, l’amélioration des infrastructures et la responsabilisation des acteurs du secteur », a-t-il déclaré. Le ministre a notamment évoqué la qualité insuffisante des infrastructures, l’entretien défaillant des véhicules, ainsi que l’absence de dispositifs de secours adéquats en cas d’accident.
Les préoccupations des transporteurs
Les transporteurs ont eu l’occasion d’exprimer leurs préoccupations et de proposer des solutions pour améliorer les conditions sur les routes. Alhassan Baboni, représentant de la Centrale des Organisations Syndicales des Conducteurs, Transporteurs et Travailleurs Assimilés du Bénin (COSYCOTRAB), a salué les efforts du gouvernement dans la construction d’infrastructures modernes. Cependant, il a souligné que la seule existence de routes de qualité n’était pas suffisante. « Nos outils de travail sont vétustes. Il n’y a pas de politique visant à nous permettre d’acquérir des véhicules récents et performants. Pourquoi cela ne se fait-il pas ici, comme ailleurs ? », a-t-il questionné. Il a également déploré les conditions économiques qui poussent certains transporteurs à surcharger leurs véhicules, ce qui détériore les infrastructures et augmente le risque d’accidents. « Un véhicule conçu pour transporter 35 tonnes en porte parfois 50 ou 60, ce qui rend la conduite incontrôlable », a-t-il averti. Il a aussi évoqué une discussion avec le président de la République, lors de laquelle ce dernier avait évoqué la nécessité de retirer les vieux véhicules de la circulation, plaidant pour une réforme des tarifs de transport jugés « d’esclavage », qui freinent l’amélioration du secteur.
De son côté, Pascal Tahoulan, vice-président des transporteurs par autocar, a insisté sur l’importance d’une régulation plus stricte, face à la concurrence déloyale des entreprises informelles. « Certaines sociétés informelles ne paient ni impôts ni taxes et cassent les prix, ce qui met en péril notre activité », a-t-il expliqué. Il a également mis l’accent sur la formation continue des conducteurs pour réduire les accidents. « Grâce aux formations menées en collaboration avec le CNSR, nous avons constaté une amélioration des comportements sur la route. Nous demandons à ce que ces sessions de formation soient renforcées », a-t-il ajouté. Il a aussi dénoncé des incohérences dans les tarifs de transport, citant l’exemple du trajet Cotonou-Lomé, plus cher que Cotonou-Parakou, alors que la distance est plus courte.
Abraham Agbahoukounon, secrétaire général d’Octavic Bénin, a évoqué le manque de représentation des acteurs du transport routier au sein des instances de décision. « Dans les pays voisins, les professionnels du transport siègent dans les conseils d’administration. Au Bénin, après une rencontre comme celle-ci, il peut s’écouler six mois avant qu’un autre cadre d’échange ne soit organisé », a-t-il regretté. Il a aussi dénoncé les failles du contrôle technique des véhicules, interpellant le directeur du CNSR sur la délivrance de certificats de visite technique à des véhicules manifestement hors d’usage. En outre, il a rappelé la promesse non tenue de la phase II du programme Bénin Taxi, censée faciliter l’accès des transporteurs professionnels au crédit pour l’achat de nouveaux véhicules.
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Des solutions concrètes pour corriger le tir
Parmi les propositions examinées lors de cette rencontre, figure le lancement du Centre de Traitement des Contraventions (CTC), la réduction de la vitesse sur les routes et la professionnalisation du métier de transporteur. Jacques Ayadji a souligné la nécessité d’une concertation régulière entre les autorités et les acteurs du secteur pour trouver des solutions pratiques et efficaces. « Cette rencontre vise avant tout à écouter les préoccupations des acteurs et à proposer des solutions concrètes pour améliorer la situation », a-t-il affirmé. Le ministre a aussi mis en avant l’importance d’une coopération renforcée entre le Conseil National de Sécurité Routière (CNSR), les transporteurs et tous les acteurs concernés pour garantir la mise en œuvre de mesures efficaces.
Il a rappelé que la qualité des infrastructures était un enjeu majeur et a annoncé des réformes au sein de la DTTA, ainsi que des initiatives visant à moderniser le parc automobile du pays. Jacques Ayadji a lancé un appel à une responsabilité collective face à l’accidentologie et à la sécurité routière au Bénin, insistant sur l’importance de préserver la vie humaine avant toute considération professionnelle. « Avant de pouvoir vivre de votre travail, il faut d’abord vivre », a-t-il souligné. Il a également dénoncé les modifications clandestines des véhicules, qu’il considère comme un facteur majeur d’insécurité. « Les modifications illégales rendent les véhicules dangereux, non seulement pour leurs conducteurs, mais pour tous les usagers de la route », a-t-il averti.
Le ministre a insisté sur la nécessité d’une coopération renforcée pour améliorer la sécurité routière. « Nous devons tous prendre conscience des risques et agir pour les réduire », a-t-il déclaré. Jacques Ayadji a réaffirmé que la priorité restait la vie humaine et que des efforts substantiels devaient être fournis pour réduire les accidents et rendre les routes béninoises plus sûres pour tous.