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Félix Adegnika à propos de l’accès à l’eau potable et des défis de l’assainissement au Bénin :  “On est passé de 43 % d’accessibilité à l’eau potable en 2017 à 80 % en 2024…’’

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L’accès à l’eau potable et aux infrastructures d’assainissement demeure un défi majeur en Afrique, notamment au Bénin, avec des conséquences directes sur la santé publique et le développement socio-économique. Félix Adegnika, environnementaliste et expert en eau et assainissement, membre du Cadre de concertation des acteurs non étatiques du secteur de l’eau et de l’assainissement (CANEA) et ancien coordonnateur national du Conseil de concertation de l’eau et de l’assainissement (WSSCC), nous éclaire sur les principaux enjeux du secteur, les obstacles à surmonter et les pistes de solutions pour un accès universel à ces services essentiels au Bénin.

Quelle est la situation actuelle de l’accès à l’eau potable et à l’assainissement au Bénin, et quels sont les principaux défis rencontrés ?

Globalement, depuis 2017, la situation de l’accès à l’eau potable s’est largement améliorée. On est passé de 43 % d’accessibilité en 2017 à 80 % aujourd’hui, en 2024. Il faut dire que ce n’est pas une exception dans la sous-région, puisque des pays comme le Sénégal et la Côte d’Ivoire ont atteint depuis longtemps un taux d’accès de plus de 90 %. Mais la spécificité du Bénin est que nous sommes partis de loin, de 43 % pour atteindre ce niveau aujourd’hui. C’est très louable. Et par rapport aux réformes qui ont été entreprises et aux investissements réalisés, je pense que c’est une prouesse dans le sous-secteur de l’accès à l’eau potable. Aujourd’hui, un investissement de plus de 500 milliards est prévu pour atteindre l’accès universel à l’eau potable. On avait fixé l’objectif à l’horizon 2021. Dans tous les cas, si le rythme est maintenu, d’ici à 2030, nous pouvons espérer atteindre l’accès universel, c’est-à-dire 100 % de la population ayant accès à l’eau potable.

Cependant, cette avancée reste théorique, car sur le terrain, de graves dysfonctionnements persistent. Le premier problème est la discontinuité du service. Dans les zones où l’on dit que l’eau est accessible, les habitants ne l’ont pas en continu toute la journée. Dans certaines zones comme Akpakpa, à Cotonou, ou dans d’autres communes, l’eau n’est disponible qu’à certaines heures de la journée. Ce n’est pas conforme aux normes du droit humain à l’eau et à l’assainissement.

Concernant l’assainissement, c’est un problème encore plus grave. Aujourd’hui, la défécation à l’air libre a atteint des proportions inimaginables. Alors que des efforts ont été faits pour l’accès à l’eau potable, très peu d’actions ont été menées dans le domaine de l’assainissement. Près de la moitié de la population béninoise pratique encore la défécation à l’air libre, ce qui pose d’importants problèmes d’hygiène, d’assainissement et de santé publique. Les défis à relever sont donc la discontinuité du service, la qualité de l’eau. Par ailleurs, la population se plaint de la couleur de l’eau, de la turbidité, mais c’est moins grave que la question d’assainissement.

Quelles sont les conséquences du manque d’eau potable et d’infrastructures d’assainissement sur la santé publique et le développement socio-économique ?

Elles sont considérables. Dans notre jargon, on dit que l’eau, c’est la vie, et l’assainissement, c’est la dignité. Imaginez qu’aujourd’hui encore, des femmes parcourent cinq à sept kilomètres pour aller chercher 20 litres d’eau potable. Le temps consacré à cette tâche aurait pu être utilisé pour des activités génératrices de revenus. Avec seulement 20 litres d’eau par jour, il devient difficile de laver les assiettes, de faire la lessive ou même de se laver plus d’une fois par jour pour toute la famille.

Actuellement, la consommation spécifique de certains habitants du Bénin est de 5 à 10 litres par jour, alors que la moyenne recommandée est de 50 litres par personne par jour. À titre de comparaison, cette consommation est de 500 litres par jour aux États-Unis et de 245 litres en France.

Quant à l’assainissement, la situation est encore plus préoccupante. Les maladies liées au péril fécal constituent la troisième cause de consultation dans les hôpitaux. Un enfant béninois de moins de cinq ans fait en moyenne quatre à cinq crises de paludisme par an, ce qui engendre des difficultés économiques et émotionnelles pour les familles.

Quelles initiatives ou innovations pourraient améliorer l’accès à l’eau et à l’assainissement, notamment dans les zones rurales et périurbaines ?

L’Agence nationale pour l’approvisionnement en eau potable en milieu rural a accompli un excellent travail, permettant d’obtenir les résultats actuels. Cependant, nous pensons qu’il est possible d’améliorer encore la situation. Cette agence a suspendu certaines initiatives locales, ce qui pose problème, car l’eau n’arrive toujours pas à certaines populations.

Aujourd’hui, les maires n’ont plus d’initiative dans le secteur de l’eau, car la gestion est centralisée. Or, l’agence nationale n’est présente que dans certaines communes et ne peut pas tout couvrir. Il est donc essentiel de réintroduire la compétence des maires afin qu’ils puissent mener des actions complémentaires.

Par ailleurs, le ministère du Cadre de vie, avec l’appui de l’UNICEF, a récemment lancé une étude sur l’investissement dans le secteur de l’hygiène et de l’assainissement. C’est une bonne initiative, qui pourrait aboutir à un document de planification permettant de rechercher des financements pour ce secteur.

Comment les gouvernements, les ONG et les entreprises privées peuvent-ils collaborer efficacement pour résoudre ces problèmes ?

Les ONG doivent continuer à plaider pour que l’hygiène et l’assainissement deviennent des priorités nationales. Il ne suffit pas de fournir de l’eau potable si l’assainissement ne suit pas, car cela risque de compromettre tous les efforts réalisés. Un cadre de partenariat doit être créé entre les organisations de la société civile, les acteurs gouvernementaux et les entreprises privées afin de réfléchir ensemble aux solutions. La Direction générale de l’eau fait un excellent travail en impliquant tous les acteurs, mais ce n’est pas le cas de toutes les structures étatiques. Depuis trois ans, nous organisons régulièrement la revue sectorielle eau, hygiène et assainissement, où des solutions sont proposées et où le gouvernement s’engage à mettre en œuvre certaines actions.

Quelles sont les priorités à mettre en place dès maintenant pour garantir un accès universel à l’eau et à l’assainissement ?

Il faut s’assurer que les actions planifiées par le gouvernement soient effectivement mises en œuvre sur le terrain. Par exemple, bien que le prix de l’eau ait été uniformisé en milieu rural (15 F pour une bassine de 25 litres), cette réglementation n’est pas toujours respectée. Il est donc nécessaire d’instaurer une autorité de régulation indépendante.

En matière d’hygiène et d’assainissement, il est urgent d’appliquer la loi 2022-04 du 16 février 2022 sur l’hygiène publique au Bénin. Des efforts doivent être faits pour améliorer l’hygiène menstruelle des filles dans les écoles et collèges, et les communes doivent s’investir davantage dans ce secteur.

Un mot de fin à l’occasion de la Journée mondiale de l’eau

Le 22 mars, c’est la journée mondiale de l’eau. Une occasion pour faire le plaidoyer afin que l’eau et l’assainissement puissent être assurés à toute la population. C’est vrai qu’en Afrique, nous n’avons pas de glaciers, mais la préservation des glaciers est importante pour l’équilibre, pour la disponibilité mondiale, surtout en ce moment de changement climatique. Le thème de cette année, c’est la préservation des glaciers. Les glaciers sont des réserves d’eau douce essentielles. Si leur fonte se poursuit à cause du changement climatique, les conséquences seront désastreuses pour l’humanité. Il est impératif que tous les pays s’engagent dans leur préservation afin de garantir un avenir durable.

Propos recueillis par Arsène AZIZAHO (Collaborateur)

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