Les concours de distinctions, qu’ils soient nommés « Miss », « Reine » ou autres, sont censés récompenser le talent, la grâce et la personnalité des candidates. Pourtant, un phénomène préoccupant prend de l’ampleur. Ce sont les votes en ligne payants. Cette pratique, loin de mettre en avant les mérites des participantes, transforme ces compétitions en une course à l’argent, où seules celles capables d’investir massivement peuvent espérer l’emporter.
Mahussé Barnabé AÏSSI (Coll.)
« Je pensais que ma culture et mon engagement suffiraient à briller, mais on m’a vite fait comprendre qu’il fallait aussi du soutien… financier », confie Marie, ex-candidate d’un de ces concours. Son témoignage illustre l’envers du décor de ces compétitions où la phase de votes en ligne, souvent conditionnée à un paiement, devient un enjeu majeur. Malgré des mois de préparation et un projet littéraire qu’elle jugeait solide, Marie a réalisé que son investissement personnel n’avait que peu de poids face à la réalité des votes. « Ce qu’il me fallait vraiment, c’était plus de voix… et donc plus d’argent », résume-t-elle.
Céline, quant à elle, a vécu la dure réalité du système. Ancienne candidate à un concours similaire, elle raconte : « Je savais que ma prestation sur scène était solide, mais à l’issue du concours, je me suis rendue compte que mes rivales avaient payé et obtenu plus de soutiens de la part de leurs parents, amis et proches pour des votes en masse. Résultat : elles avaient jusqu’à huit fois plus de voix que moi », déclare-t-elle, visiblement dépitée. Ce sentiment d’injustice, confie-t-elle, a pris une autre tournure lorsqu’un responsable lui a confié en privé : « La candidate qui ramène suffisamment de votes… et donc d’argent, aura plus de chances d’être favorisée ». Pour Céline, ce fut la révélation : le concours ne reposait plus sur la seule performance, mais sur la capacité à investir financièrement dans la collecte de votes.
Du talent à la transaction
Le cas de Sophie est également éclairant. Titulaire d’une licence en linguistique, Sophie pensait que sa participation serait une chance de mettre en avant ses engagements culturels. Mais là encore, le système de votes payants a réduit à néant ses efforts. « Des responsables du concours m’ont dit en privé que plus vous rapportiez de votes, plus vous aviez des chances d’être mise en avant », se souvient-elle. Pour elle, comme pour les autres, l’issue du concours est désormais une question d’argent, et non de mérite, « en tout cas, pour ce que je sais », se désole-t-elle. Ainsi, ce qui était censé être une compétition de talents et de charme se transforme en une course effrénée à la popularité achetée. « Ce n’était plus une compétition de mérite, mais une question de soutien financier », conclut Céline.
« Un concours pour valoriser les talents, pas l’argent »
Face à cette situation jugée injuste, ces trois jeunes femmes, comme bien d’autres, appellent à une réforme des règles. « Ces concours devraient célébrer des talents et des engagements, pas être monnayés », plaide Sophie. Marie renchérit : « Il faut arrêter de faire croire aux candidates qu’elles peuvent gagner uniquement grâce à leur talent, alors que le système favorise celles qui ont les moyens d’acheter leur popularité ». Pour elles, l’objectif initial des concours doit être restauré : mettre en valeur les qualités intrinsèques des participantes, et non leur portefeuille. Aminata Assè, mère d’une ancienne candidate, insiste : « Si ces concours veulent incarner l’idéal de beauté et d’intelligence, ils doivent garantir une égalité des chances pour toutes, indépendamment des moyens financiers. »
En clair, l’influence grandissante des votes payants dans ces concours n’est pas un simple détail ; elle est en train de remodeler la nature même de ces événements. Ce qui était autrefois une célébration du talent et de l’engagement devient progressivement un terrain de jeu où seuls ceux qui ont les moyens financiers peuvent prétendre à la victoire. Si les organisateurs ne réforment pas rapidement leurs règles, ces concours risquent de perdre toute légitimité aux yeux du public et de leurs participantes.
Avis de quelques citoyens d’Abomey-Calavi et de Cotonou sur la question
Valentin Akodédjro, Enseignant : « c’est hautement préjudiciable à l’équité du processus »

Personnellement, je pense que le vote en ligne relègue au second plan l’essence même du talent et de la compétence, qui devraient pourtant demeurer les uniques arbitres d’une juste sélection ou compétition. Nombreux sont ceux qui, faute de disposer d’un réseau influent ou de moyens pour promouvoir leur candidature, voient leur potentiel annihilé, non par manque de mérite, mais par simple incapacité à satisfaire une exigence mercantile. Franchement, c’est hautement préjudiciable à l’équité du processus. Cela devient même un frein à l’épanouissement des esprits talentueux et réduit l’expression artistique ou intellectuelle à une simple affaire de popularité et de stratégie numérique. Il serait donc souhaitable que les organisateurs de compétitions ou de concours, soucieux de valoriser l’excellence revoient ce critère. C’est vrai qu’ils sont dans la dynamique de mobiliser des ressources. Mais cela ne devrait pas être une priorité tel qu’ils le font.
Alice Ayadokoun : « C’est un système qui humilie les participants à un concours »

Moi je ne digère pas cela. Cette manière devient une opportunité pour les organisateurs de se faire davantage d’argent pour eux-mêmes ou dans le but de pouvoir tenir leur promesse aux gagnants. C’est déplorable. Parfois, vous avez les potentialités, mais parce que le nombre de votants dans votre compte n’est pas en adéquation avec le nombre fixé, vous perdez le trophée. C’est un système qui humilie sincèrement les participants à un concours par exemple. Vous devez supplier tout le monde, même vos ennemis pour aller voter pour vous. Une participante à un concours m’avait confié́ la dernière fois qu’elle avait demandé à un monsieur de l’aider à augmenter le nombre de vote mais ce dernier lui avait proposé́ de passer une nuit avec elle pour qu’elle touche en un clin d’œil le qu’elle désire. Ce système ne nous profite pas vraiment. On devient quémandeur sur tous les réseaux.
Ulrich Z. : « Ce système met l’accent sur l’argent et la visibilité plutôt que sur la véritable compétence des participants »

Les votes en ligne dans les concours ont deux objectifs principaux : financier et de visibilité. D’une part, les organisateurs cherchent à générer des revenus en demandant aux participants de payer pour voter. D’autre part, ils visent à augmenter leur présence sur les réseaux sociaux. Cependant, cela déforme l’évaluation des candidats, car les votes peuvent être manipulés par des amis et contacts, sans juger réellement de la qualité des prestations. Ce système met l’accent sur l’argent et la visibilité plutôt que sur la véritable compétence des participants. Il serait plus juste de se concentrer sur la qualité réelle, plutôt que sur des votes influencés.
Frédile Allodéou : « Ils favorisent l’argent au détriment du mérite et faussent la compétition »

Je suis contre les votes payants dans le cadre des concours miss ou de tout autre concours d’ailleurs. Ils favorisent l’argent au détriment du mérite et faussent la compétition. Prenons un exemple concret : une candidate qui n’a pas le niveau requis pour remporter la couronne, mais qui, grâce à des votes payants, accumule un maximum de points et finit par l’emporter. Est-ce réellement une victoire méritée ? Certainement pas. C’est même une source de financement. Comme les moyens manquent souvent, ils comptent sur ces contributions pour couvrir leurs frais. Je pense qu’il faut les supprimer ou carrément les rendre gratuits.
Alban Tchalla : « souvent, des trophées sont attribués à des personnes qui ne les méritent pas, simplement en échange d’argent »

Les organisateurs de ce type de concours ne se préparent pas correctement et, en demandant que les votes soient conditionnés à un paiement, cela devient une contrainte pour les votants, ce qui entraîne une réticence par rapport à ces initiatives. Ainsi, seuls ceux qui sont vraiment proches des participants votent. Les organisateurs ne prennent pas les mesures nécessaires pour satisfaire aux charges liées à l’organisation de ces concours, et conditionnent cela à un paiement. Je ne sais pas si une loi régit cela sous nos cieux, mais je pense que cela ne profite pas aux candidats, mais plutôt décrédibilise l’initiative. En effet, souvent, des trophées sont attribués à des personnes qui ne les méritent pas, simplement en échange d’argent. Il serait préférable que les responsables de ces concours cherchent des partenaires pour financer l’organisation à travers des sponsors, afin de prendre en charge les coûts du concours.
Winceslas Kakpo : « j’estime que ça ne récompense pas forcément les plus méritants »

Sur la question, j’ai un avis partagé ! D’abord, j’estime que ça ne récompense pas forcément les plus méritants. Ensuite, si c’est une règle connue et que les candidats sont informés à l’avance, je pense que ce n’est pas forcément mauvais, car même si vous avez les compétences, il faut savoir communiquer et impacter.
Réalisation : Mahussé Barnabé AÏSSI (Coll.)