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Professeur Expédit Wilfrid Vissin : «Le changement climatique modifie les habitudes, et même l’économie»

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Changement climatique, variation climatique, réchauffement climatique. Que recouvrent ces notions qui semblent se rejoindre ? C’est à cette question centrale que répond Expédit Wilfrid Vissin, enseignant-chercheur à l’Université d’Abomey-Calavi, géographe et hydro-climatologue. Le président de l’Association béninoise de climatologie (ABECLIM), président de l’Association ouest africaine de climatologie (AOACLIM) et président honoraire de l’Association internationale de climatologie (AIC), évoque également les causes et conséquences du changement climatiques et fait des recommandations à l’Etat et aux populations.

Fraternité : Qu’entend-on par changement climatique et quelle différence peut-on faire entre changement climatique, variation climatique et réchauffement climatique ?

Expédit Wilfrid Vissin : Je veux vous faire appréhender cette notion par deux exemples très simples. Premier cas : vous avez l’habitude de donner à votre chérie un petit bisou chaque matin pour lui dire bonjour. Pendant deux jours, vous ne lui donnez pas de bisou et le troisième jour, vous êtes revenus à votre sentiment naturel et avez recommencé à lui donner le bisou comme d’habitude. Le second cas est que vous avez arrêté de donner le bisou à votre chérie pendant un, deux voire trois mois. Dans le premier cas, votre chérie dira que vous avez eu un saut d’humeur. C’est dire que la nature de l’homme est variable, n’est pas statique. L’homme ne se réveille pas tous les jours de la même manière. Quand on transpose ça en climatologie, on va parler de la variabilité simple. Dans le second cas, votre chérie dira en termes simples : mon mari a changé, qu’est-ce que je lui ai fait ? Quand on transpose ça en climatologie, on parlera de changement climatique ; ça a changé parce que la modification a duré dans le temps.

Donc, la variabilité s’utilise pendant 30 ans, alors que le changement n’est possible que sur 60 ans, c’est-à-dire deux moyennes au moins. C’est une affaire d’échelle temporelle entre les deux. Est-ce que nous sommes déjà dans le changement ? Avons-nous les données qu’il faut pour comparer deux moyennes de 30 ans pour affirmer, sans risque de nous tromper, qu’il y a changement ? Ce qu’il faut retenir, c’est que la variabilité est temporelle, alors que le changement, c’est la modification qui dure dans le temps.

Venons-en au réchauffement climatique. Les gens disent que le climat change parce qu’il y a un réchauffement. Qu’est-ce qui est à l’origine du réchauffement ? On dit que le climat est déréglé quand il y a réchauffement, que le climat est devenu fou. Certains parlent d’ailleurs de folie climatique. Le réchauffement est dû à l’homme parce que nous avons changé nos habitudes vis-à-vis de l’environnement, vis-à-vis de la nature. Nous détruisons pratiquement tous les puits à carbone, notamment la végétation. Et à travers le réchauffement, on voit l’effet de serre. Tout le monde incrimine l’effet de serre. Mais il ne faut pas. Il y a deux types d’effet de serre : l’effet de serre naturel et l’effet de serre additionnel. Sans l’effet de serre naturel, la température de la terre serait à -18 °C et il n’y aurait pas de vie sur la terre. C’est grâce à l’effet de serre naturel que la température est arrivée à 15°C, permettant la vie sur la terre. Ce qui entraine le réchauffement, c’est l’effet de serre additionnel, ce qui est produit par l’homme, qui s’ajoute au naturel. Nous sommes responsables de ce qui nous arrive.

Quelles sont les principales causes du changement climatique au Bénin ?

Les causes principales du changement climatique au Bénin, ce sont nos habitudes. La destruction de la végétation constitue la cause principale. Quand il fait excessivement chaud, nous allons chercher de l’air sous l’arbre parce que l’arbre protège l’homme contre l’environnement. Nous devons donc protéger la végétation. Il y a aussi les motos que nous conduisons, ces motos qui dégagent dans la nature du gaz carbonique. L’élevage crée aussi des dommages à l’environnement. Beaucoup de métaux sont dégagés dans l’atmosphère du fait de cette activité. Les climatiseurs que nous avons, les réfrigérateurs, les télés… tout ça crée des dommages à notre atmosphère.

Quelles en sont les conséquences ?

Le changement climatique modifie les habitudes, et même l’économie. Si le climat est modifié, il peut agir sur l’agriculture qui est le poumon de l’économie béninoise. Au Sud-Bénin, si la grande saison des pluies dure quatre ou cinq mois, vous avez un raccourcissement de cette période. Au lieu que la pluie s’étale sur cinq mois, vous avez la même quantité de pluie pendant trois mois. Conséquence, nous aurons les inondations partout, parce que non seulement on va détruire la végétation, mais également nous avons pris de mauvaises habitudes en terrassant partout. Nous voulons vivre dans une maison terrassée, on n’aime pas les plantes, on met du béton partout.  Alors que la nature a besoin du sol pour que l’eau s’infiltre et qu’il y ait évaporation après. Quand je prends les saisons, il y a le fait que l’accumulation d’eau aura des conséquences sur la vie de l’homme. Aujourd’hui, on ne s’organise pas bien, on n’aménage pas bien. Les gens vont même s’installer dans le lit de cours d’eau, oubliant que l’eau est la matière la plus paresseuse. Quand l’eau est dans son milieu naturel, et vous l’empêchez de circuler, l’eau s’arrête et vous observe, prend toutes les couleurs possibles et vous crée des nuisances. Evitons d’aménager n’importe où. L’aménagement sauvage, inconsidéré et qui n’est pas régulé par les lois, crée des dommages et après les conséquences sont là.

Quelles sont les mesures mises en place par l’Etat béninois pour lutter contre le changement climatique ?

Il y a une activité de longue date. On a décrété ici le 1er juin, la journée de l’arbre. C’était une opportunité et cette opportunité n’est pas bien appliquée. En réalité, si en mettant en terre ces plants, il y avait un suivi régulier et un entretien, le Bénin serait verdoyant aujourd’hui. Malheureusement, il y a eu l’idée, l’action derrière n’a pas suivi. C’est vrai qu’il y a des projets dans les communes qui permettent un tant soit peu d’atténuer l’effet du changement climatique, mais de façon globale, il n’y a pas encore grand-chose.

Que faire pour changer la donne ?

Chaque propriétaire doit faire l’effort de planter un arbre devant sa maison et de l’entretenir. Si on peut commencer par verdir nos maisons, on va créer des microclimats qui changeraient tout. Nos villes vont se transformer. Un pays sahélien qui n’a pas d’eau comme le Burkina-Faso, donne à manger à un pays soudanien comme le Bénin qui a de l’eau. C’est un problème. Il faut qu’au niveau local, on veille à ce qu’il n’y ait plus de terrassement systématique des maisons.

Au niveau communal, que les maires initient le reboisement systématique aux alentours des voies et créent des jardins de loisirs qui permettront à la population d’aller prendre de l’air. Si on initie tout ça, on multiplie la capacité de séquestration du carbone qui crée le réchauffement. Ce qui veut dire qu’on va créer les conditions pour la mise en place de microclimats plus frais dans nos communes. Ça va changer le visage global.

Au niveau national, que les prises de décision soient systématiques et qu’on sanctionne les gens qui détruisent, qu’il y ait une politique en matière de reboisement et un suivi. Si on coupe un arbre, on doit pouvoir en planter un autre à la place. Si cela est rigoureux, le visage du Bénin va changer. Qu’on évite aussi d’importer les voitures de je ne sais quelle année. Si on réduit tout ça et que chacun se dit : je suis dans un environnement, il faut que je le protège, et en le protégeant, je protège ma vie et celle de ceux qui m’entourent, on aurait fait un grand pas en avant. Nos véhicules polluent. On peut aller à vélo de temps à temps pour protéger l’environnement. Le covoiturage n’est pas encore une réalité au Bénin. Cela peut contribuer à réduire la circulation des voitures sur les voies. La mise en place des transports en commun est aussi à encourager.

Un mot pour conclure l’entretien ?

La prise de conscience à tous les niveaux. Si l’Etat peut prendre les décisions qui s’imposent à tout le monde, ce serait salutaire parce qu’il faut créer les conditions pour que l’homme se retrouve dans les meilleures conditions pour avoir une bonne santé pour produire durablement. Au niveau local, que les maires avec leurs conseils, prennent conscience qu’ils ont à protéger la commune dont ils ont la charge en mettant en place les ingrédients qu’il faut, non seulement pour protéger l’environnement, mais également pour le suivi. Et être rigoureux dans l’application des lois de la République.

Entretien réalisé par P. A.

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