0 CFA

Votre panier est vide.

Choix du conjoint par les jeunes : la vie à deux en perte de valeurs

Date :

Réseaux sociaux, séparation, haine, beauté, argent, sexe… Le choix de partenaire pour mener une vie amoureuse épanouie et durable reste aujourd’hui jonché d’embuches pour nombre de jeunes. Si certains franchissent cette étape primordiale avec sagesse, d’autres l’abordent avec légèreté en payant le prix fort.

Joël SEKOU (Coll.)

De la tranche d’âge de 35 à 40 ans, Elodie est mère-célibataire de deux enfants. Elle a quitté son mari, il y a maintenant près de cinq ans. Haine, insultes et humiliations, étaient son lot quotidien auprès de sa belle-mère au foyer conjugal. « Je suis fatiguée de supporter ses insultes et mon mari ne dit rien pour me soutenir », s’alarme la jeune dame. Son ex-mari était un ami de son grand-frère à qui il rendait régulièrement visite à la maison au quartier Vodjè à Cotonou. C’est le point de départ de leur aventure amoureuse qui a tourné au drame.

A l’image d’Elodie, beaucoup de jeunes (hommes et femmes) se retrouvent dans des tragédies en raison du choix de leur conjoint. Situation sur laquelle des spécialistes et observateurs brisent le silence. Parfait Dénou, thérapeute de couple : « Chez les jeunes d’aujourd’hui, ce choix est marqué par une évolution significative des mentalités ». Dans ce processus, des facteurs variables influencent la jeunesse dans sa majorité. «Il s’agit de l’amour, de la compatibilité émotionnelle, de l’indépendance financière, de l’influence des réseaux sociaux, mais aussi et surtout, de la pression sociale et familiale », indique-t-il. Emeline Amoussou, experte en entrepreneuriat féminin s’accroche à l’histoire, parlant du recours à la concertation familiale dans l’engagement amoureux. « Ce sont des négociations qui se faisaient entre les deux familles à l’insu même des concernés au temps des anciens », retient-elle. Question préoccupante pour la société, le mauvais choix de conjoint regorge des dessous. 

 Recherche de biens matériels

Parfait Dénou pointe du doigt de nombreux motifs : « Cela résulte souvent d’une décision précipitée, influencée par les émotions plutôt que par la raison. ». Et ce n’est pas tout. Car, justifie-t-il, la pression sociale ou familiale peut aussi pousser à un engagement sans réelle conviction. « L’absence de compatibilité entre les valeurs et les objectifs de vie peut engendrer des conflits durables », remarque-il. 

Au-delà de l’humeur, les jeunes jettent leur dévolu sur la beauté physique et le sexe pour choisir l’amour de leur vie. Chris David Houessou, homme de Dieu dans une Eglise Evangélique à Cotonou est venu enfoncer le clou « Beaucoup choisissent leur femme en fonction de ses grosses fesses ou ses gros seins. Ces formes physiques ne durent pas. Tôt ou tard, elles vont faner  », tonne-t-il. 

L’argent et les biens matériels ne sont pas non plus étrangers à cette polémique. Ariane Lokossou, écrivaine béninoise évoque l’existence d’un mariage arrangé fondé sur l’argent entre une jeune fille et une connaissance de son père, opérateur économique.  « Son père lui a proposé de sortir avec son ami pour des raisons économiques », raconte-t-elle. « Pour faire plaisir à son papa et pour la bonne marche des activités économiques, la fille a été obligée d’accepter en abandonnant son copain pour de l’argent. « Dans ces conditions, comment peut-elle être heureuse avec cet homme qui aurait l’âge de son père ? », s’inquiète Ariane Lokossou. 

Entre tradition et modernité

Au temps des anciens, c’est toute une diplomatie familiale offensive qui est mise en œuvre pour trouver un partenaire. « Historiquement et pas seulement en Afrique, les mariages étaient souvent arrangés par les familles », se souvient Parfait Dénou. A son avis, cela s’expliquait par le fait que les anciens attachaient du prix à plusieurs aspects non négligeables. « Il s’agit de l’appartenance ethnique, la religion, le statut social, la richesse, etc. », note-t-il. Une assertion confirmée par le Pasteur Chris David Houessou à travers la Sainte Ecriture : « Dans la Bible, ce ne sont pas les enfants eux-mêmes qui choisissent leur mari ou leur femme ». Ce serviteur de Dieu expose le cas de Isaac, Jacob et Joseph dans la Bible qui ont tous eu chacun leur femme grâce à leurs pères respectifs. « C’est pourquoi à cette époque, il n’y a pas trop de divorces », commente-t-il. « On épousait par respect et par humilité, par considération en prenant en compte des conditions de vie des familles, des lieux de naissance de l’homme, des familles de provenance de la femme ou de l’homme », ajoute-t-il. « Aujourd’hui, tout est bouleversé », remarque Colette, une septuagénaire.   

Interpellée, lors d’une présentation sur le choix de conjoint, Julie Lagui, Coach en développement personnel tempère : « Le choix est beaucoup plus lié à une vision et à l’admiration qu’on a pour son âme sœur ». « Femme, connais-toi toi-même avant tout engagement », scande-t-elle à l’endroit des jeunes filles présentes à cette causerie-débat. Mariée et mère d’un garçon, Anne-Marie, une habitante de Calavi (plus de 10 kilomètres au Nord de Cotonou) avoue que les jeunes surtout les filles n’écoutent pas les conseils. « Elles te disent que tu as déjà fait pour toi et qu’il faut les laisser faire leur temps », fustige-t-elle. « Le mauvais choix de conjoint ruine toute une destinée », précise Emeline Amoussou.

Au plan professionnel, Parfait Dénou ne tarit pas d’arguments : « Une relation disharmonieuse peut nuire à la concentration et à la performance au travail, limitant ainsi les opportunités de réussite ». Pour Emmanuel Lankoandé, conseiller conjugal, « prendre cette question à la légère peut avoir des conséquences graves pour les époux et pour leurs futurs enfants ». Face à cet état de choses, des thérapies s’imposent.

Des choix harmonieux obligent

Au Bénin, la loi N°2002-07 du 24 Août 2004 portant code des personnes et de la famille en son article 113 précise : « Les fiançailles sont une convention solennelle par laquelle un homme et une femme se promettent le mariage ».Johanne Fanou, est consultante en genre et famille  « Le partenaire de vie est celui ou celle avec qui vous décidez d’avancer ensemble dans votre vie professionnelle, maritale, spirituelle, sociale, relationnelle et financière »,fait –elle savoir. C’est pourquoi, conseille-t-elle, aux jeunes,  ce choix ne doit pas être un fait du hasard. 

Quant à Isabelle Hountchémè, psychologue de formation, en s’appuyant sur le problème de tempérament, elle insiste: « Il n’y a pas de règle absolue en la matière. Des personnes de tempéraments différents mais avec un point commun, comme l’introversion ou l’extraversion, peuvent mieux s’entendre ».  

Si Chris David Houessou suggère aux jeunes soupirants de confier leur choix à Dieu, d’autres ne négligent pas des pistes sanitaires. Emmanuel Lankoandé trouve la nécessité de faire le diagnostic des antécédents médicaux personnels et familiaux respectifs avant de s’engager avec qui que ce soit.  « Cela permet de connaître les maladies éventuelles liées à la famille qui peuvent surgir plus tard dans le mariage », recommande-t-il. « On apprend bien à aller se marier à un homme ou à une femme, c’est comme un métier », conseille Colette. Mais en attendant un bout de tunnel, beaucoup comme Elodie continuent de se chercher.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

Partager

spot_img

Populaires

dans la même catégorie
Articles