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VOIX D’HOMME – Ame de Woto tissée par les mains des femmes: Dô DAO témoigne

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Journaliste-fact-checker, Dô dit Drissa DAO est un écrivain poète burkinabè passionné de littérature, dont l’œuvre reflète une profonde sensibilité aux enjeux sociaux et culturelles. Diplômé d’un Master 2 en Sciences du Langage et Stratégies, il allie son expertise en analyse du discours à une créativité littéraire qui a été récompensée à plusieurs reprises. Lauréat de concours internationaux de poésie tels que le Concours International de Poésie Matiah Eckhard et le Concours International de Poésie Léopold Sédar Senghor, Dô DAO a également publié un recueil de poésie intitulé L’Aiglon aux Éditions Plum’Afrik en 2023. Son engagement en tant qu’écrivain va de pair avec son combat pour la démocratie et la promotion du patrimoine culturel, qu’il défend à travers une écriture engagée et inspirante.

Sa lettre plonge dans l’univers de Woto qui signifie « Notre Père » en langue sénoufo. Il s’agit d’une fête qui a lieu tous les sept (07) ans à N’Dorola, localité située dans la province du Kénédougou (Burkina Faso) pour célébrer le vivre-ensemble  et la paix dans la communauté. 

Fredhy-Armel BOCOVO (Coll)

Cher ami,

Frère d’une autre mère,

Frère d’une autre terre,

As-tu déjà senti l’émotion qui envahit le cœur lors de la fête de Woto ? L’expérience est unique; elle n’est descriptible que vécue.

Je peux te dire qu’au-delà des immolations, des danses et des chants, c’est un parfum envoutant et mielleux qui accueille. Celui du dagaréou dangué, ce plat mythique qui embaume nos foyers. Mais sais-tu que derrière chaque bouchée de ce mets divin, se cache une histoire, tissée par les mains expertes des femmes de notre communauté ? Ce plat unique, préparé avec amour par les femmes de N’dorola, bien plus qu’un simple mets est un héritage. Il est le fruit d’un savoir-faire ancestral transmis de mère en fille, un lien indissoluble entre la terre, le lait et les femmes.

Au cœur de la fête de Woto, ce plat incarne l’identité culturelle de la communauté et témoigne du rôle ô combien central de la femme dans la sauvegarde et la transmission des traditions. Les femmes de N’Dorola, gardiennes de ce patrimoine culinaire sont les alchimistes de cette fête. Avec patience et délicatesse, elles transforment les ingrédients les plus simples en un mets d’exception. Le lait symbole de la vie, se mêle au mil, au maïs, à la patate douce, nourriciers qui réveillent les papilles gustatives. Chaque geste, chaque manipulation est empreinte de signification, formant ainsi un rituel sacré qui tisse un lien profond entre les femmes, la terre nourricière et Woto, notre père.

Les différentes étapes de la préparation du dagaré sont minutieuses et reflètent le savoir-faire unique des femmes. En s’engageant avec autant de passion dans cette célébration, elles réaffirment leur rôle au sein de la communauté. Elles montrent à tous, jeunes et moins jeunes que leur travail est essentiel. Tout d’abord, il y a la sélection des céréales qui doivent être de la meilleure qualité pour garantir la saveur et la consistance du plat. Puis vient le broyage, un processus qui nécessite force et patience car il est primordial que la texture soit parfaite.  Enfin, le lait qui est malaxé avec soin dans la pâte des céréales. Pendant des heures, les femmes se réunissent, leurs rires et les conversations emplissant l’air. Chacune apportant sa touche personnelle, ses secrets de grand-mère, faisant de chaque préparation un moment unique.

Et lorsque le dagaré est enfin prêt, c’est un moment de communion. Autour d’un grand plat, familles et amis se rassemblent partageant ce festin qui nourrit autant le corps que  l’âme. Les plus jeunes découvrent les saveurs d’antan, tandis que les plus anciens se remémorent des souvenirs enfouis dans la mémoire collective. C’est un moment de partage, de transmission où les liens se resserrent et où on célèbre l’unité et la joie de la communauté.

Mais au-delà du plaisir gustatif du partage, la fête de Woto est aussi l’occasion de valoriser le rôle de la femme. Au cœur de cette célébration, elles sont les actrices principales, les créatrices de la vie, les gardiennes des traditions. Elles sont les liens entre le passé, le présent et le futur, celles qui transmettent aux plus jeunes les valeurs culinaires de la communauté.

Aujourd’hui, plus que jamais, il urge de reconnaitre et valoriser cette implication des femmes dans la fête de Woto. En mettant en lumière leur rôle central, nous rendons hommage à leur travail, à leur patience et à leur engagement. Nous leur témoignons notre gratitude et faisons le vœu que cet héritage ne s’efface jamais. Que les générations futures continuent de savourer le dagaré avec la même émotion, qu’elles sachent combien chaque bouchée est imprégnée d’histoire et solidarité féminine.

Que Notre Père nous renouvelle le souffle de vie!

Dans sept (07) ans, je t’inviterai, cher frère d’une autre mère.

Alors, tous ensemble, nous ferons de la fête de Woto un moment inoubliable, où les saveurs du passé se mêlent aux espoirs du passé.

Amicalement,

Que dis-je,

Fraternellement,

Dit Drissa DAO

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